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Louis Ier, dit « le Pieux » ou le « Débonnaire », est né en 778 et mort en 840. Il est le troisième fils de Charlemagne et d’Hildegarde de Vintzgau[1]. Le 15 avril 781, il est couronné roi des Aquitains par le pape Adrien Ier alors qu’il n’a même pas trois ans. En 806, Charlemagne partage son territoire en trois royaumes qu’il attribue à ses trois fils légitimes qu’il a eu avec Hildegarde: Charles[2], Pépin[3] et Louis. Mais Pépin meurt en 810 et Charles en 811. Louis hérite alors des terres de ses frères après la mort de son père en 814 et le 5 octobre 816 il est couronné et sacré empereur par le pape Etienne IV à Reims[4].

C’est en l’an 810 que l’abbé de Fulda, Raban Maur, archevêque de Mayence, rédige en latin le Liber de Laudibus Sanctae Crucis qui signifie « livre des louanges de la Sainte Croix ». Les rubriques sont rédigées en onciale et capitale rustique[5]. Jean-Marie Lhôte, dans son prélude à la traduction par Michel Perrin du De Laudibus Sanctae Crucis, explique que « Nous avons affaire au plus grand chef-d’œuvre qu’on ait jamais réalisé dans le genre des « calligrammes » (tels que devait plus tard les imiter Apollinaire) ou plutôt des « poèmes carrés » (carmina quadrata), tels que les a pratiqués le Moyen Age religieux. Le peintre commence par tracer dans le folio qu’on va utiliser un dessin. A l’intérieur de ce dessin, le groupement des lettres possède un sens : c’est ici que nous rejoignons la tradition antique du calligramme, illustrée notamment, à la Cour de Constantin par Optatianus Porphyrianus. Mais Raban Maur, qui suit les leçons de son maître Alcuin, ne s’arrête pas à cela. Son texte soigneusement cadré remplit tout le folio. Chaque ligne a le nombre de lettres que les autres, ce qui permet d’obtenir un alignement parfait. »[6]. Cet ouvrage est donc une œuvre prestigieuse qui a connu un très grand succès à travers les siècles. En effet, plusieurs copies ont étés faites, l’original se trouverait dans les bibliothèques du Vatican. Dans l’ensemble, se sont 28 poèmes « carrés » qui sont présentés ainsi que 8 reproductions relatives aux peintures non « carrés » de l’introduction ou à l’écriture des différentes mains.

Folio 4 verso du De Laudibus Sanctae Crucis de Raban Maur, enluminure sur parchemin, Fulda, vers 840, 36,5 x 29,5 cm, Biblioteca apostolica, Vatican.

Folio 4 verso du De Laudibus Sanctae Crucis de Raban Maur, enluminure sur parchemin, Fulda, vers 840, 36,5 x 29,5 cm, Biblioteca apostolica, Vatican.

En ce qui concerne la représentation de l’empereur dans le manuscrit, elle se situe au folio 4 verso[7]. C’est une enluminure sur parchemin de 36,5 x 29,5 cm. Jean-Marie Lhôte la commente en ces termes : «L’empereur est représenté lui aussi, dans le costume d’un prince antique : armure, paludamentum (manteau de couleur généralement rouge). Le choix est significatif par lui-même. Il s’agit de manifester la continuité de la tradition impériale. Ajoutons que le manteau n’est pas rouge mais bleu. Nous reconnaissons ici le symbolisme des couleurs. L’empereur chrétien ne porte pas la pourpre des triomphes terrestres, mais il est habillé de l’azur céleste. » [8]. On voit ici la volonté d’un empereur de droit divin qui n’est rien sans la puissance de Dieu. La religion chrétienne est donc un atout indiscutable pour l’empereur qui se porte en chef de la chrétienté à l’instar du pape. Philippe Le Maître dans son ouvrage sur l’Image du Christ, image de l’empereur, développe l’exemple du culte du Saint Sauveur sous Louis le Pieux. Il explique que  « Dès 815, dans son premier ouvrage De Laudibus Crucis, Raban présentait le portrait idéal de l’empereur Louis le Pieux, ceint de l’auréole, portant la croix à la place de la lance et tenant le bouclier. La légende de l’auréole porte : « C’est toi, O Christ ! qui couronnes Louis » ; celle de la crois : « Dans la croix, O Christ ! est ta vraie victoire et en elle réside le seul salut du roi ». Le seul fait de commencer un ouvrage poétique mystique sur la croix et la passion par un portrait de l’empereur est significatif. Chez Raban Maur, il n’y a donc pas de hiérarchie des pouvoirs, mais séparation des domaines ; l’unité des deux se faisant en la personne du souverain dans la mesure où il se conforme au modèle du Christ Sauveur, dernier et éternel roi-prêtre. »[9].

On pourrait conclure en disant que l’empereur est présenté comme un Miles Christi, c’est-à-dire comme un « soldat du Christ ». Il est vêtu en guerrier mais sa lance est en fait une croix, c’est une mise en scène qui place Louis le Pieux comme un défenseur de chrétienté.

M.T.

[1] Hildegarde de Vintzgau (758-30 avril 783 à Thionville) est une noble germanique issue d’une famille de comtes bavarois. En 771, alors qu’elle a treize ans, elle devient la seconde épouse de Charlemagne (la première épouse, Desiderada a été répudiée en raison de sa stérilité). Ils auront neuf enfants dont Charles Ier, Carloman (Pépin Ier) et Louis Ier.

[2] Charles dit « le Jeune » (v. 772 – 4 décembre 811) est le premier fils de Charlemagne et d’Hildegarde. Il fut désigné roi des Francs par son père lors du partage de l’empire.

[3] Pépin Ier dit « d’Italie » (appelé Carloman à la naissance), né en 777, mort à Milan le 8 juillet 810, est le deuxième fils de Charlemagne et d’Hildegarde. Il fut roi d’Italie de 781 à 810.

[4] « Le baptême de Clovis par saint Remi, en 498-499, constitue l’acte fondateur de l’onction royale dans la cathédrale de Reims. Cependant, le premier roi à être sacré est Pépin le Bref en 751, à Soissons, puis, à nouveau, à Saint-Denis, en 754, par le pape Etienne II. Il faut attendre le sacre de Louis le Pieux en 816 et un diplôme de l’empereur à l’archevêque Ebbon pour que la cathédrale de Reims soit explicitement retenue en référence au baptême de Clovis. Néanmoins, le choix de Louis le Pieux n’est pas suivi par ses successeurs immédiats, carolingiens ou Robertiens, et ce n’est qu’au début du XIe siècle que la cathédrale de Reims s’impose finalement comme le lieu du sacre. Dès lors, à l’exception de Louis VI (Orléans) et d’Henri IV (Chartres), tous les rois de France sacrés (Louis XVIII et Louis-Philippe ne le furent pas) le sont à Reims des mains de son archevêque, parfois par un autre prélat, lorsque le siège métropolitain est vacant. »

Site officiel de la cathédrale de Reims [en ligne] :

http://www.cathedrale-reims.culture.fr/origine-histoire.html  (consulté le : 21/03/2015)

[5] Exemple d’écriture onciale et capitale rustique, Exposition de la Bibliothèque nationales de France sur les manuscrits [en ligne] : http://expositions.bnf.fr/carolingiens/it/32/02.htm et http://expositions.bnf.fr/carolingiens/it/32/01.htm (consultés le 21/03/2015)

[6] Michel Alain. Raban Maur, De laudibus Sanctae Crucis, Louanges de la Sainte Croix, traduit du latin, annoté et présenté par Michel Perrin, avec un Prélude par Jean-Marie Lhôte. In: Bulletin de l’Association Guillaume Budé, n°3, octobre 1989. p. 310. [en ligne] :

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bude_0004-5527_1989_num_1_3_1408 (consulté le : 21/03/2015).

[7] Folio : feuillet d’un livre ou d’un registre numéroté sur le recto (r) et le verso (v). Numéro de chaque page d’un livre, de chaque feuillet d’un manuscrit.

Définition du dictionnaire Larousse [en ligne] : http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/folio_folios/34402 (consulté le: 21/03/2015).

[8] Michel Alain. Raban Maur, De laudibus Sanctae Crucis, Louanges de la Sainte Croix, traduit du latin, annoté et présenté par Michel Perrin, avec un Prélude par Jean-Marie Lhôte. In: Bulletin de l’Association Guillaume Budé, n°3, octobre 1989. p. 314. [en ligne] :

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bude_0004-5527_1989_num_1_3_1408

(consulté le : 21/03/2015).

[9] Le Maître Philippe. Image du Christ, image de l’empereur. L’exemple du culte du Saint Sauveur sous Louis le Pieux. In: Revue d’histoire de l’Église de France. Tome 68. N°181, 1982. p. 211. [en ligne] :

http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rhef_0300-9505_1982_num_68_181_1698 (consulté le : 21/03/2015)

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